Les organismes artistiques dont l'histoire se maintient et se prolonge jusqu'au centenaire de leur création ne sont pas très nombreux en terre canadienne. Québec peut s'enorgueillir de ce privilège qui est tout à l'honneur de la ville et de sa population, grâce au Club musical de Québec qui aura un siècle d'existence en 1991.
Dès 1891, un groupe de dames de la bonne société québécoise, s'inspirant d'une idée qui avait pris naissance aux États-Unis et au Canada anglais, formaient le premier noyau d'une société musicale connue alors sous le nom de Ladies Morning Musical Club. Comme son nom l'indique, les concerts du Club avaient lieu le matin et s'adressaient à un auditoire réduit et exclusivement féminin : on y prévoyait déjà la présentation d'activités musicales régulières reposant sur le principe de l'abonnement.
Les premiers concerts furent donnés au Y.M.C.A., rue Saint-Jean, dans une petite salle qui logeait à l'aise les quatre-vingts abonnés d'alors. Le programme du 29 octobre 1896 relate la soirée de gala donnée exceptionnellement dans la salle des fêtes du Château Frontenac, sous le patronage de Sir Adolphe Chapleau, lieutenant-gouverneur du Québec. Le Club se transporte ensuite au Morrin College en 1909, puis à la salle des Chevaliers de Colomb, Grande-Allée, de 1911 à 1922. En novembre de la même année furent inaugurés les concerts de l'après-midi au Château Frontenac qui se poursuivent jusqu'en 1928, avant de passer en soirée.
L'appellation anglaise de Quebec Ladies Morning Musical Club se transforme successivement en Club musical des dames de Québec pour devenir finalement, en 1969, le Club musical de Québec, les hommes ayant depuis longtemps été admis dans le cercle de ces mélomanes.
Faisant appel à ses débuts aux meilleurs musiciens de la Vieille Capitale, le Club des dames inscrit rapidement à ses concerts des œuvres d'envergure servies par des interprètes de grande réputation. À cette époque, il est tout à l'honneur du Club d'avoir offert aux mélomanes québécois des soirées mémorables avec des artistes tels que Lotte Lehmann, Lauritz Melchior, Ezio Pinza, Ninon Vallin, Harold Bauer, Arthur Schnabel, Joseph Szigeti, Jacques Thibaud, Emanuel Feuerman, Gregor Piatigorsky et avec des compositeurs-interprètes célèbres comme Georges Enesco, Nicolas Medtner, Ferrucio Busoni, Serge Rachmaninov. La longue liste d'artistes présentés à Québec, parfois plus d'une fois, par le Club, démontre à l'évidence la préoccupation constante d'une programmation de grande classe toujours servie par le talent et le prestige des plus éminents musiciens.
Avant la dernière guerre et dans ses belles années, le Club a regroupé jusqu'à mille abonnés, comme ce fut le cas en 1936. Après la guerre, il connut une certaine concurrence de la part d'impresarios qui présentèrent à leur tour à Québec nombre d'artistes qui souvent avaient fait leurs débuts à l'invitation du Club. Ce dernier devait souffrir d'une certaine désaffection, au demeurant passagère, d'un public davantage attiré alors par les manifestations à caractère plus spectaculaire : orchestre symphonique, opéra, ballet, sans parler de l'arrivée de la télévision et de l'engouement qu'elle suscita.
En 1971, le Club adopte le Grand Théâtre de Québec, nouvellement inauguré, pour ses concerts présentés tour à tour à la salle Louis-Fréchette et à la salle Octave-Crémazie. Des circonstances particulières lui font préférer, pendant quelques saisons, la salle de l'Institut Canadien, mais profitant d'un renouveau d'intérêt du public mélomane, la grande salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre redevient, en 1984 et jusqu'à ce jour, le rendez-vous des concerts présentés par le Club. Une collaboration plus étroite avec les responsables du Grand-Théâtre permet d'ailleurs, depuis quelques années, la présentation conjointe de certains événements spéciaux ou hors-série offerts en priorités à ses abonnés.
Fidèle dès ses débuts et jusqu'à ce jour à une série annuelle de sept concerts vendus par abonnement, le Club musical de Québec est fier d'avoir atteint, ces dernières années, un auditoire nombreux et enthousiaste qui dépasse maintenant le chiffre de 1500 abonnés. L'immense prestige des artistes invités est sans doute pour beaucoup dans ce succès et tous se disent ravis et honorés de se faire entendre ou réentendre à Québec sous les auspices du Club. De plus, ils ont la joie de découvrir ou de redécouvrir la beauté historique et architecturale de la cité, la qualité exceptionnelle du public mélomane ainsi que la chaleureuse et amicale réception que leur réservent spontanément les responsables du Club au cours de leur séjour dans la ville.
La pérennité du Club musical repose en grande part sur le travail constant et bénévole de ses officiers et de ses membres, fortement soutenu par une saine et efficace administration. En même temps, le Club musical profite aussi d'une tangible confiance exprimée financièrement par de nombreux commanditaires, par la Ville de Québec et par le ministère des Affaires Culturelles du Québec.
« Faire mieux aimer la musique en la faisant mieux connaître », voilà le but que poursuit depuis un siècle le Club musical de Québec. Un tel objectif, gage des réussites passées, demeure toujours la meilleur source d'inspiration du présent et de l'avenir.